Entretien avec Thomas Wind, réalisateur du film GUITAR MEN

Interview de Thomas Wind, le réalisateur de GUITAR MEN, avec l’accord gracieux de
http://film-maniax.wetpaint.com/
Comment l’idée de «GUITAR MEN» est-elle née? Qui en est à l’origine?
Je dirigeais la petite société de production de films KILLING PICTURES avec mes collègues Werner Bednarz (monteur) et Michael Redolfi (caméraman). Je suis moi-même caméraman au départ. Après avoir travaillé pendant près de 20 ans pour d’autres productions, nous avons crée il y a quelques années la KILLING PICTURES PRODUCTION en premier lieu afin de produire des films où nous pouvons laisser jouer notre liberté artistique et notre créativité. C’est comme ça que le film documentaire FUER EIN PAAR FILME MEHR vit tout d’abord le jour, suivi par des vidéos clips et des films publicitaires. Après que je sois déjà passé de la caméra à la réalisation lors de la conception de quelques spots, j’ai eu plus de plus en plus envie de réaliser mon propre long métrage. Lorsque j’ai proposé à Werner et à Michael en février 2005 de réaliser un hommage aux films de série B des années 60 et 70, ils ont tout de suite été enthousiasmés par cette idée. Tout comme moi, Werner est depuis son plus jeune âge un grand consommateur de films d’exploitation de cette époque.
De la même façon que moi, Michael souhaitait orienter les prises des vues sur le modèle de celles filmées par des caméras à la main comme c’est la cas dans les films d’action à petit budget, dans les films eastern et dans les westerns spaghetti des années 70. Les plateaux de tournage devaient avoir un look rétro tandis que la lumière devait s’orienter sur celle des films asiatiques actuelles et en partie sur celle des films français des années 80.
Afin de développer une histoire, nous avons écrit indépendamment les uns des autres quels éléments nous aimerions avoir dans le scénario. Le résultat fut entre autres des mots-clés comme ELVIS, NINJAS, COWBOYS, TUEURS. Durant les 10 mois qui suivirent, le scénario de GUITAR MEN fut crée à partir de ces éléments.
Votre film contient beaucoup d’allusions à des films de genre et trash des années 60 et 70. S’agit-il d’influences personnelles? Ce film prend-il modèle sur des cinéastes et des œuvres appartenant au passé ou contemporaines?
Il est clair que lorsque l’on tourne un hommage à un certain type de film, des éléments issus de ce type de film sont présents dans le film.
GUITAR MEN donne certes l’impression au spectateur qu’il a déjà vu une fois ailleurs beaucoup d’éléments du film, mais en fait notre film ne copie jamais aucune scène d’autres films, mais il utilise différents éléments issus de nos films et de nos genres préférés afin de développer quelque chose de nouveau.
Par exemple, le modèle pour COOPER, le tueur venant d’Arizona, c’est JOE DON BAKER dans son rôle de tueur à gages pour la mafia dans le film CHARLEY VARRICK (USA 1973, réalisation: DON SIEGEL). COOPER est une copie presque parfaite de son type, de ses costumes et de son personnage. Il n’y a cependant aucune scène en sa présence qui puisse être comparée avec une scène de CHARLEY VARRICK.
Un autre exemple est la scène avec les agents de la Stasi KRUGER et DUMSCHKE. La dramaturgie et les plans de cadrage s’orientent ici sur les westerns spaghetti tandis que les costumes et le look des images s’orientent sur les films des années 70 de la RDA avec leur look spécial de type «Orwo Color». Cette scène fait ressortir le fait que GUITAR MEN est une comédie. Les éléments issus des westerns spaghetti sont très restreints dans le film et utilisés de manière modérée tandis que les emprunts exagérés à des films de la RDA caricaturent les personnages des différentes scènes.
Ce film ne prend ni modèle sur des films actuels, ni ne s’y réfère.
C’est le hasard qui a voulu que quasiment à la sortie de GUITAR MEN, un film à grand budget intitulé «GRINDHOUSE» produit par TARANTINO et RODRIGUEZ sorte, qui rend lui aussi hommage aux films de série B des années 70. Nous ne savions rien de la création de GRINDHOUSE début 2005 lorsque sont nés l’idée et le scénario de GUITAR MEN.
Ce film a été fait de façon étonnamment professionnelle et ses images sont de haute qualité. Quel équipement avez-vous utilisé? Comment les dépenses ont-elles été payées?
Puisque nous sommes tous des professionnels, il serait tragique que notre film ne soit pas de bonne qualité! Malheureusement, les films no budget et les films de série B sont presque automatiquement classés comme des films de mauvaise qualité technique, ce qui est certainement vrai parfois, mais qui n’est en aucun cas la règle.
Nous avons tourné en format HD, un format qui est également utilisé de nos jours pour diverses grandes productions internationales actuelles (SKY CAPTAIN AND THE WORLD OF TOMOROW, SIN CITY etc.)
Contrairement à une production de film 35 mm, en HD certaines dépenses n’ont pas lieu pour le matériel vidéo et le laboratoire de tirage. Malheureusement, les dépenses pour la caméra, la lumière etc ne diminuent pas pour autant du fait de la HD. Un autre avantage de la production en format HD est que la postproduction à la table de de montage AVID digitale est effectuée sans devoir recourir à un scannage du négatif de 35 mm.
Puisque nous n’avons pas reçu de subvention pour GUITAR MEN, nous avons fait face à la décision de soit abandonner l’idée de faire ce film ou bien de prendre en charge nous-mêmes les coûts de production. Après que nous les producteurs, nous soyons endettés de manière non négligeable et que toute l’équipe a été prête à travailler sans rémunération, nous avons quand-même fini par tourner.
70 minutes de durée de film, c’est long pour un film no budget. Combien de temps le tournage a-t-il duré et quelle a été l’ampleur de la postproduction?
Après dix mois passés à l’écriture du scénario et sept mois supplémentaires voués à la préparation du tournage, celui-ci commença en août 2006 et fut achevé en 20 jours. Comme à la fin du tournage nous avons dû travailler sur d’autres productions afin de gagner notre vie, la postproduction du film s’est principalement déroulée la nuit à raison de quatre nuits par semaine en moyenne. La durée totale de la postproduction s’est étendue de septembre 2006 à juin 2007. Une grande partie de celle-ci fut impartie à l’illustration sonore et à la composition d’une magnifique bande sonore composée par Michael Mohr. Ce faisant, il me fut très important que cette musique s’oriente sur celle des films d’agents des années 60 et de compositeurs comme John Barry, Jerry Goldsmith ou Lalo Shifrin.
Pour une production indépendante, ce film joue sur beaucoup de plateaux de tournage différents, à l’intérieur tout comme à l’extérieur. Où avez-vous tourné? Comment avez-vous obtenu les autorisations de tournage?
Toutes les scènes ont été tournées à Berlin. Nous avons porté beaucoup d’attention au choix des emplacements qui devaient représenter des endroits comme Hong Kong ou le Vatican de manière crédible. Il fut long et onéreux de trouver des plateaux de tournage adéquats. Pour les autorisations de tournage, les mêmes dépenses furent en partie occasionnées que pour des productions à grand budget. De bons contacts et le travail fantastique de Nicole Heidel, notre décoratrice, ont réussi à limiter les dépenses pour certains plateaux se passant à l’intérieur. Par exemple, une chambre authentique d’un hôtel de passe de Hong Kong put être reproduite grâce à l’ingéniosité de notre décoratrice à partir d’une pièce vide et blanche de l’ancien bureau de poste. L’éclairage de Moritz Martin, le chef électricien, perfectionna finalement cette illusion.
Contrairement aux réalisateurs, les acteurs sont tous des amateurs.
Ont-ils été sélectionnés lors d’un casting ou bien ont-ils été recrutés parmi vos connaissances?
Tous nos acteurs ne sont pas des amateurs! Gerhard Gutberlet, l’acteur d’AMMERING est un professionnel et est connu de par diverses productions télévisées et Ed Zacharias dans le rôle du cardinal a joué dans de nombreuses productions de genre (KISS MY BLOOD, DER TODESKING, NEKROMANTIK 2, SCHRAMM…) dans les années 70, 80 et 90. Tammi Torpedo, l’acteur de COOPER, a pris des cours de comédie et a de l’expérience sur scène. U. Rabbit qui incarne DEBORAH LEVIN fut tout d’abord révélée par un vidéo clip et un spot publicitaire que nous avons produit. D’autres acteurs ne sont certes pas des acteurs professionnels à plein temps, mais ils ont de l’expérience sur scène, au cinéma et à la télévision dans des petits rôles. Sur des sites internet appartenant à notre branche, nous avons mis des annonces pour trouver des acteurs. Nous avons trouvé les acteurs en partie de cette façon, mais aussi -comme nous l’avons dit plus haut- avec des acteurs que nous connaissions déjà du fait de productions passées. Il aurait été possible de ne prendre que des acteurs professionnels d’autant plus que des acteurs allemands connus se sont montrés intéressés par notre projet. Cependant, j’ai souhaité renoncer à des têtes connues afin de renforcer l’impression qu’il s’agit bien d’un film de série B international et aussi pour souligner le caractère nouveau et inhabituel de ce genre de film pour le public allemand. Nous avons consciemment engagé des amateurs afin d’obtenir un comique de situation d’un type très spécial dans certaines scènes comme on les retrouve par exemple dans les premières œuvres de Klaus Lemkes (ROCKER, MOTOCROSS, ARABISCHE NÄCHTE…) que j’apprécie beaucoup.
Beaucoup de cinéastes rêvent de produire leur propre film. Y a-t-il des conseils à donner aux personnes intéressées de le faire et à celles qui ont cette ambition? Quels sont les pièges classiques à éviter lors de la production de films indépendants/low budget?
Les amateurs qui désirent mettre des films en scène devraient absolument accumuler des expériences dans le secteur professionnel et acquérir des connaissances de base dans le domaine créatif et technique de la réalisation de films. Une possibilité serait de faire des stages lors de la production de films. Lorsque nous avons réalisé GUITAR MEN, nous avons offert deux place de stage pour l’image et le son. Il est également recommandé de suivre une formation et d’assister à des séminaires dans des écoles de cinéma publiques et privées. Dans les tous cas, il est recommandé de se faire aider par des professionnels afin de réaliser sa propre idée. Un scénario intéressant et inhabituel suffit parfois à convaincre les professionnels de la branche de participer à la réalisation d’un film low ou no budget. Si toutefois votre souhait majeur est de faire un film pour le plaisir sans aucune ambition professionnelle, vous devriez plutôt vous en tenir à des courts métrages, avec des petits plateaux de tournage et un nombre d’acteurs limité. Un film no budget comme GUITAR MEN avec plus de 80 acteurs, costumes et plus de 20 lieux de tournage ne peut vraiment être mis en œuvre que par une production professionnelle et une équipe expérimentée. Il faut aussi être conscient du fait qu’un film no budget n’est bien sûr pas vraiment sans budget mais qu’il coûtera le prix d’une voiture moyenne à supérieure. La distribution et l’exploitation du film doivent donc être estimés avant le début de la production.
Les premières présentations du film se sont déroulées la semaine dernière au cinéma Babylon de Berlin. Y aura t-il une publication pour le grand public? Quelles sont les chances pour que le film sorte sur grand écran ou en DVD?
Des distributeurs se sont montrés intéressés par notre film, mais les hautes dépenses occasionnées par la HD leur ont fait peur. Un investissement de la part du distributeur aurait été nécessaire afin d’effectuer les copies du film et le marketing nécessaires pour un lancement du film dans les cinémas en Allemagne. Il n’est pas sûr que les distributeurs seraient rentrés dans leurs frais lors de l’exploitation en salles. Puisqu’il n’existe pas de programme de soutien pour la distribution de GUITAR MEN, notre film ne sortira donc probablement pas dans les cinémas à une échelle nationale. Nous prévoyons cependant de coopérer avec des cinémas de répertoire dans différentes villes qui sont en mesure de projeter des films en HD et de faire passer notre film à petite échelle avant sa sortie prévue sur DVD en décembre/janvier en propre distribution. À Berlin, notre film sera projeté dans tous les cas en août ou en septembre au cinéma de répertoire «Z-inema».
En ce qui concerne l’exploitation du film sur DVD à la fin de l’année, nous sommes en contact avec différents labels. Une publication pourrait éventuellement avoir lieu par le biais de MEDIA Target Distribution. Il s’agit d’un label certes petit, mais très raffiné, et qui a fait ses preuves en publiant des productions internationales de films indépendants et de films de série B. Nous informerons le public en temps voulu sur le site internet de GUITAR MEN (www.guitarmen-themovie.com) à propos des dates de passage de notre film au cinéma et de sa sortie sur DVD (note de la rédaction: sortie sur DVD prévue pour mai 2008). Puisque notre film paraîtra seulement en édition limitée sur DVD en Allemagne, les personnes intéressées ont d’ores et déjà la possibilité de s’inscrire en mentionnant leur propre adresse email à wind@killingpictures.de afin d’être automatiquement informées de sa sortie.
Une publication de la bande sonore sur CD est également prévue pour cette année (informations et liens pour la vente en temps voulu sur le site internet du film).
Dernière question pour finir: avez-vous un prochain projet en préparation?
En ce moment, nous avons l’idée d’écrire un scénario de western. Nous préférerions tourner en Espagne, sur un des plateaux classiques des innombrables westerns spaghetti. De plus, je souhaiterais que des icônes du western spaghetti comme Tomas Milian, Franco Nero ou Giuliano Gemma jouent dans notre film.
Le budget pour cette production irait au-delà des possibilités de KILLING PICTURES PRODUCTIONS. Il nous faut donc voir si nous parvenons à trouver un producteur en Allemagne ou à l’étranger afin de réaliser ce projet.
FILM: GUITAR MEN
Tags: action, Berlin, eastern, GUITAR MEN, indie film, italo western, thomas wind
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11.11.2009
cooles interview